L’ensemble des secteurs économiques consomment directement ou indirectement des textiles techniques. Bien sûr, une série de réalisations spectaculaires — le nez du Concorde conçu en matériaux composites et renforcé en fibres de verre par la société Brochier, de Lyon ; ou les joints textiles intertuiles, développés par l’Institut textile de France (Lyon) pour la navette européenne Hermes —, occupent le devant de la scène. Néanmoins, tous les jours, chacun côtoie des textiles techniques.
Avec 28 p. 100 du marché des textiles techniques, les applications industrielles ne cessent de se développer. Ces matériaux sont soit utilisés dans les procédés de fabrication comme les feutres de papeterie ou les bandes transporteuses, soit sous forme de vêtements de protection contre les agressions. Les feutres de papeterie sont indispensables pour la fabrication du papier. Des industriels français, comme Binet Feutres (Annonay en Ardèche), proposent des produits innovants ; la société Kermel (Lyon) produit la fibre aramide française du même nom, utilisée pour la réalisation des vêtements antifeu des sapeurs-pompiers et des combinaisons des pilotes de formule 1.
Les textiles trouvent dans le domaine de l’agriculture des utilisations multiples. L’agriculture, en pleine mutation, fait appel à des techniques de production sophistiquées ; les matériaux textiles y représentent 20 p. 100 des applications. Les agrotextiles, c’est-à-dire les bâches à plat non tissées ayant une masse surfacique entre 15 et 60 grammes par mètre carré, couvrent 25 p. 100 des surfaces des cultures de plein champ. Ils répondent aux nouveaux besoins écologiques et de productivité des agriculteurs en termes de protection contre les rongeurs, les insectes, les risques climatiques.
Innovation toujours, concernant la protection des forêts, la Société ariégeoise de bonneterie a développé un filet pour bloquer la propagation des incendies. Ce tricot est fabriqué à base de fibres aramides préoxydées. Les défis médicaux, avec, entre autres, les biomatériaux, l’obsession de la décontamination et les besoins en textile-barrière pour les champs opératoires, ont permis un rapide développement des textiles techniques. Aujourd’hui, la quantité moyenne de textiles utilisée par lit et par jour correspond à 2,2 kilogrammes. La société Thuasne (Saint-Étienne) propose des articles médicaux de contention adaptés aux besoins des malades. Tournier Bottu (de Fontaines-sur-Saône) a récemment mis au point un bonnet couvre-moignon élasto-compressif. La société Rhovyl (Tronville-en-Barrois dans la Meuse) développe une nouvelle fibre, la biochlorofibre, qui possède des propriétés antibactériennes ; elle peut être employée partout où une protection antimicrobienne est recherchée et dans les lieux sollicités par les bactéries, les moisissures et les odeurs.
Dans le domaine du bâtiment et du génie civil, la révolution la plus récente et la plus spectaculaire est le fait de l’architecture textile : l’ère des tentes en toile, qui, de tout temps, ont servi d’abris aux hommes, est révolue. Une nouvelle génération de textiles techniques reposant à la fois sur le savoir-faire et la technologie du tissage et de l’enduction des fibres synthétiques a donné naissance à la construction métallo-textile. Qu’elles soient gonflables, tendues ou portées, ces structures textiles donnent aux architectes des perspectives de création audacieuses. La société Ferrari (La Tour-du-Pin dans l’Isère) a développé et breveté un textile “précontraint” pour ce type d’application. Un des projets les plus remarquables réalisés à l’aide des nouvelles technologies métallo-textiles est sans doute la couverture des arènes de Nîmes.
Le sport ne saurait se passer de textiles techniques. Les nouvelles générations de cordes, conçues par des sociétés comme Beal (Vienne dans l’Isère) ou Cousin Frères (Wervicq dans le Nord), permettent aux alpinistes et aux spéléologues d’améliorer considérablement leur sécurité. La tenue du champion olympique du kilomètre lancé à skis, les voiles du bateau français de l’America’s Cup, les clubs de golf, etc., sont tous réalisés avec des matériaux qui font appel aux textiles techniques.
Le monde de l’informatique et de l’électronique consomme des circuits imprimés élaborés en matériaux composites renforcés de fibres de verre. Vetrotex (Chambéry en Savoie), premier producteur européen de fibres de verre, et Porcher Textile (Lyon), spécialiste du tissage de verre pour les applications électroniques, fournissent ce marché. Par ailleurs, les vêtements de protection utilisés en salle blanche protègent les composants électroniques en cours de fabrication contre les millions de particules émises par l’homme .
L’avenir des textiles techniques
Une nouvelle génération de matériaux fonctionnels est née récemment grâce à la technologie du greffage chimique. Cette technologie, développée par les équipes de chercheurs de l’Institut textile de France, permet de conférer des fonctionnalités nouvelles et permanentes aux matériaux textiles. Création de fonctions antiseptiques, échanges d’ions hydrophobes, etc., permettent d’envisager les textiles comme des matériaux détenteurs d’une expertise. Ces textiles fonctionnels nous font entrer de plain-pied dans l’ère des matériaux intelligents.
Pour satisfaire et anticiper les besoins en produits et les débouchés nouveaux, un énorme effort en matière de recherche et développement est nécessaire. Les entreprises ont bien perçu l’enjeu de la recherche, dans un environnement où la concurrence se fait de plus en plus forte. Les grandes entreprises du secteur ont intégré un département de recherche. Les P.M.E., en revanche, font appel, entre autres, à l’Institut textile de France, centre technique industriel, seul outil collectif de recherche qui développe des programmes spécifiques et ambitieux dans le domaine des textiles techniques et fonctionnels.